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Récit d'un voyage au Mexique (partie 1): Baja

Pour mon second voyage en Amérique latine, j’ai décidé de découvrir le Mexique pendant un mois lors de sa période la plus sèche, en février. C’est aussi en février que les baleines retournent de leur périple nordique pour venir jouer, se reproduire et se reposer sur les côtes de Baja, la basse Californie. Mon expérience avec ces géants des mers est contée ici et, si vous en avez l’occasion, je vous encourage à la vivre.

J’ai partagé mon séjour en deux étapes: 2 semaines seul à Baja, 2 semaines avec ma femme sur le continent. C’est le récit de cette première étape qui est rapporté dans ce billet. 

Les clichés ont la vie dure, présentés comme les pauvres d’Amérique du Nord, corrompus, trafiquants, rançonneurs, l’image des Mexicains est souvent mise à mal dans les séries et films américains. En conséquence, j’ai, pour la première fois, tenu compte des conseils et autres avertissements des guides de voyage et me suis forcé à voyager de jour uniquement. Le décalage entre la culture mexicaine et suisse est tellement grand qu’il fallait replacer les choses dans leur contexte et c’est mon ami Edgardo qui m’a ouvert les yeux sur la réalité en me racontant une histoire de cousin qui lui a rapporté… une légende urbaine, finalement pas tant légende que ça. « Mon cousin sillonnait les rues de Zürich lorsque celui-ci aperçut une sandwicherie dans laquelle il restait un sandwich au fromage et un au jambon. - Parfait, se dit-il, j’aimerai commander un sandwich jambon-fromage, s’il-vous-plaît. Vous imaginez bien la suite. - Monsieur, nous avons un sandwich au fromage et un sandwich au jambon, malheureusement, nous n’avons pas de sandwich jambon-fromage. - Pouvez-vous, s’il-vous-plaît, mélanger les deux puisque vous posséder le jambon et le fromage? - Non, Monsieur, c’est exclu… ». Là où le cousin de mon ami avait la main sur le coeur - s’il était à la place de du vendeur, il aurait volontiers préparé ce foutu sandwich jambon-fromage - l’autre avait la main sur le coffre, ne voyant que la perte financière d’une opération si risquée.

Baja est loin, longue, belle, cristalline, sauvage, désertique, parsemée de nombreux cactus, survolée par d’innombrables vautours, hantée par des chiens errants, elle est brute, accueillante, mais dangereuse, préservée, chaleureuse, variée, mais identique; Baja m’a changé, car l’urgence qu’elle représente incite à aimer, à préserver et à chérir. 

Après avoir été accueilli et apprivoisé par les baleines grises pendant une semaine, j’ai découvert la plus grande créature connue que notre planète abrite: je l’ai entendu respirer et, dans un murmure, plonger vers des abysses mystérieuses. Je l’ai vu solitaire ou en famille, mais bien plus sauvage et craintive, témoin de cette urgence, que la version poids plume. La baleine bleue est, certes une autre baleine, et pourtant, elle est si différente de sa cousine. D’abord il y a la masse: 180 tonnes contre 30. Puis, il y a la taille : 30 m contre 10. Enfin, il faut la chercher, elle ne vient pas dans un lagon, dans une baie, elle nage au large et choisit si elle veut qu’on l’observe ou non. 

C’est du côté de Loreto qu’il est, entre autres, possible de l’observer, dans ce fameux Golfe de Californie ou Mer de Cortez. Outre la ligne droite qu’elle représente pour certains cartels, comme en témoigne les nombreux postes de contrôle militaire impressionnants - il faut dire que, quand le M16 a presque la même taille que celui qui le tient, ça en jette (oui, les Mexicains sont de petite taille) - la Basse Californie est également un des vestiges du colonialisme marqué par ces nombreuses églises construites aux endroits stratégiques telle celle de Loreto.

Nulle part ai-je mentionné ma rencontre avec mes amis américains venant de Californie et avec lesquels nous avons vécu plus tôt, dans la baie de San Ignacio, un moment d’extase total en présence d’une baleine grise et de son petit. Quelques jours plus tard, nous nous sommes retrouvés à Loreto et, comme des vieux sur un banc, sommes remémorés cette extraordinaire aventure, frustrés qu’ils étaient de ne pas avoir vu la moindre baleine en Mer de Cortez. Prenant le risque, j’ai raconté ma rencontre avec les baleines bleues, bien que navré pour eux, je les ai vu repartir avec une lueur d’espoir dans leur regard. 

La prochaine étape m’a conduit à rejoindre La Paz, dans le sud de la péninsule où je ne devais passer qu’une nuit lors du carnaval avant de rejoindre un lieu de Basse Californie méconnu pourtant classé en tant que réserve de la biosphère. C’est dans cet endroit, Boca de la Sierra, que j’ai pris mon premier sauna dans une région désertique d’un pays tropical. Les sources d’eau chaude ressurgissent par endroit à l’intérieur des terres et, entourées par des rochers de granit, forment des piscines naturelles. Tel a été le lieu de notre premier rencontre avec Edgardo, mon guide pendant trois jours dans ce lieu méconnu.

Sa bonne humeur n’a fait qu’alimenter mon bonheur et m’a permis de revenir gentiment à la réalité après une semaine et demie passée à aimer les baleines. Gentiment seulement, il ne fallait surtout pas que le retour soit trop rapide. Perdu dans ce lieu mystique, nous avons bivouaqué dans le lit d’un fleuve asséché, plongé depuis les rochers de granit et j’ai rencontré et vécu dans une petite communauté coupée du reste du monde où j’ai vainement essayé, sous les encouragements des femmes de cette communauté, de confectionner des tortillas. Décidément, mettre la table et faire la vaisselle, au Mexique ou chez moi, sont deux choses pour lesquelles j’ai un certain talent en comparaison de la préparation d’un plat. J’ai découvert le cactus grillé à la poêle chauffée au feu de bois ; un vrai régal ! Peut-être une des spécialités que j’ai le plus aimé, si l’on excepte les chimichanga au jalapenos de La Paz. 

Quittant Edgardo avec beaucoup de tristesse, il ne me restait plus qu’un jour entier pour profiter de La Paz et c’est naturellement que l’appel du grand bleu a eu, une fois de plus, raison de moi. Cette fois-ci, l’objectif était de nager avec des gros poissons - en fait les plus gros du monde - et des « petits » mammifères que l’on a tendance à voir tristement dans les parcs aquatiques. Une fois n’est pas coutume, je n’ai pas eu la chance d’apercevoir les requins baleines, en revanche, je peux dire que j’ai nagé avec des otaries, qui, curieuses, plongeaient de leur rocher pour venir m’observer sous les eaux troubles comme s’il leur était plus facile que de rester sur le bout de caillou. Après une agréable soirée passée en bonne compagnie autour d’un excellent repas, il fallait mettre de l’ordre dans mes idées, dans mes bagages, car le retour sur le continent allait être dur. 

En fait, le retour sur les terres continentales mexicaines fut très aisé, car la suite du voyage s’est fait dans le même état d’esprit et nous avons pu découvrir un peuple, une faune et flore et des paysages incroyables. Suite au prochain épisode…

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Sébastien Sollberger
Switzerland